Chichibu The Peated 2018

par | Japon

Chichibu_The_Peated
Fiche produit

Chichibu
Age: Sans mention d’âge
55.5 % – Cask Strength
Bouteille #7246 / 11550
Embouteillage: 2018

Il y a des whiskys qui laissent un souvenir impérissable, et pas uniquement pour leurs qualités gustatives. Certains restent indissociables d’un lieu, d’un voyage ou d’un moment particulier. Pour moi, Chichibu fait incontestablement partie de ceux-là.

Retour quelques années en arrière, lors d’un voyage au Japon avec mon frère. Nous voilà perchés au sommet de la Cerulean Tower, lui savourant un cocktail, moi un verre de Chichibu The Peated 2016 à la main, avec pour toile de fond une vue imprenable sur l’immensité de Tokyo. Difficile d’imaginer meilleur cadre pour découvrir ce qui allait devenir mon tout premier whisky japonais !

À cette époque, la réputation des whiskies nippons n’était déjà plus à faire, et cette première rencontre avec Chichibu allait rapidement me confirmer que leur succès n’avait rien d’usurpé. Une dégustation mémorable, au point d’envisager sérieusement de rapporter une bouteille dans mes valises.

Seulement voilà, le prix avait quelque peu refroidi mes ardeurs. Je n’étais pas encore prêt à débourser une telle somme pour une bouteille de whisky. Il faut dire qu’à l’époque, j’étais encore bien naïf et n’avais absolument aucune idée du gouffre financier dans lequel cette passion allait m’entraîner quelques années plus tard !
C’est donc finalement avec un Miyagikyo Single Malt que j’avais repris le chemin de la France, laissant derrière moi ce fameux Chichibu et le souvenir d’une dégustation au-dessus des lumières de Tokyo.

Depuis, quelques bouteilles ont coulé dans les verres, les goûts ont évolué et, malheureusement pour mon portefeuille, mes limites budgétaires aussi. Il était donc temps de renouer avec cette distillerie qui m’avait laissé une si belle première impression.

Arômes : Un nez pur, incisif, presque sévère. Ici, pas de fioritures ni de démonstration tapageuse. La tourbe, le poivre et le sel se présentent au garde-à-vous, dans un ensemble d’une rigueur toute japonaise.
Les embruns marins s’invitent rapidement, accompagnés d’une belle touche iodée, de sel de Guérande et d’un citron fraîchement pressé. L’ensemble est austère, presque minéral, mais d’une précision redoutable. Pas la moindre extravagance, simplement des arômes nets, ciselés, qui semblent avoir été disposés avec le soin méticuleux d’un artisan japonais.

Saveurs : L’attaque est vive, mordante, avec un joli coup de fouet poivré qui vient immédiatement titiller la langue. Le citron s’impose, ou plutôt le yuzu, cet agrume japonais dont j’ignorais jusqu’à l’existence avant de découvrir les délicieux mochis qui concluent souvent mes soirées sushis.
Le registre maritime reprend rapidement ses droits : embruns salins, poivre et rochers battus par les vagues. De quoi évoquer un Talisker, mais dans une interprétation plus musclée, plus tranchante.
Étonnamment, la tourbe joue ici les seconds rôles. Bien présente, elle ne cherche jamais à monopoliser l’attention, préférant laisser toute la place à cette magnifique alliance d’agrumes et de notes marines.

Finale : La tourbe s’efface progressivement, laissant le malt reprendre la parole. Après tant de rigueur et de vivacité, une douceur inattendue apparaît, évoquant une madeleine au citron. Une conclusion plus gourmande qui vient joliment arrondir les angles de ce whisky au caractère bien trempé.

Bilan : Un whisky absolument « au naturel », qui démontre qu’un distillat exceptionnel n’a nul besoin de se déguiser derrière les artifices d’un fût particulièrement expressif. Ici, tout repose sur la pureté, la précision et l’équilibre des arômes. Une véritable leçon de maîtrise, sans esbroufe ni effets de manche.
Et puisqu’il m’a également permis de replonger quelques années en arrière, au sommet d’une tour tokyoïte, je lui accorde volontiers un petit point supplémentaire pour les souvenirs.
17/20 pour le whisky, 18/20 pour l’émotion.

Cerulean_Tower

Dōmo arigatō, Chichibu !

☆☆☆☆☆